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Marcelle Dulin (80 ans) Raconte

Marcelle Dulin (80 ans) Raconte

Marcelle avec ses moutons dans la lande d'Arue

« J’ai vécu toute ma vie à Arue, dans trois maisons, les « 3 B » : la Petite BAYLE, où je suis née ainsi que mes quatre premiers enfants ; puis le BALOY, et enfin le BARTON. Dans ma famille, on a toujours élevé des moutons. On en a fait, des kilomètres, derrière les troupeaux !

Je suis allée à l’école jusqu’à douze ans, et ensuite j’ai aidé à surveiller les brebis et à d’autres travaux des champs. On suivait le troupeau dans la lande, sur les communaux ou sur des parcelles de propriétaires. Il restait encore de grandes étendues de « landes » qui n’étaient pas plantées en pins. Tous les ans, il fallait « incinérer »( c'est-à-dire brûler les sols) pour que l’herbe repousse ; on avertissait les pompiers et on surveillait bien le feu…

Grâce à cela et au passage des moutons, la lande était bien mieux entretenue que maintenant ! Chaque métairie avait sa « cabane » à moutons dans la lande : mais elles ont toutes été démolies pour être déplacées, et celles qui restaient ont toutes été détruites par les orages… On ne voit plus à leur place qu’un léger creux dans le sol… Les jours de grande chaleur, les brebis s’abritaient en milieu de journée, et on les ressortait le soir…

Au début de l’été, à partir de la Saint-Jean, on coupait le foin et les jeunes fougères qu’on faisait sécher en tas pour la nourriture d’hiver ; s’il y avait de la place dans les granges, on les mettait à l’abri : ça sentait bon dans les greniers ! On faisait aussi des meules de paille qui servait pour la litière. Mon grand-père en garnissait ses sabots, il ne mettait pas de feutres ! Il y avait encore plusieurs troupeaux sur Arue : à la Grande Bayle , à Haurie, à Chicoy… Alors, pour avoir assez de terrains de pacage, on accompagnait le troupeau (à pied) dans les communes voisines : à Roquefort , à Cachen, à Lencouacq : les bêtes y restaient plusieurs jours pour pacager ; elles dormaient sur place, dans des parcs à moutons, et nous, nous partions les rejoindre tous les matins à vélo, avec le chien derrière (parce qu’on a toujours eu des chiens de berger : souvent des « labrits »).

Au printemps, il y avait beaucoup de travail : il fallait tondre la laine avec des ciseaux, puis la carder, la laver…Ma grand-mère la filait avec un rouet, mais mon père la filait avec deux morceaux de bois croisés qu’il faisait tourner. Plus tard, mon fils Alain utilisait une tondeuse électrique, c’était plus commode...  Mon père tricotait des chaussons au crochet, tout en suivant le troupeau ; il portait les pelotes et les crochets dans une sacoche de cuir cousue main. Moi, j’ai fait des tricots avec la laine de nos moutons. En suivant les bêtes, on n’arrêtait pas de tricoter… A l’approche de Rameaux et de Pâques, beaucoup de brebis mettaient bas. On portait des quartiers d’agneau aux propriétaires qui nous laissaient pacager sur leurs terrains. On vendait certains agneaux, alors il fallait aider les autres à téter les brebis à qui on avait pris les petits, pour qu’elles continuent à avoir du lait…

Le Samedi matin de Pâques, sans faute, il fallait porter une moitié d’agneau et une tête à notre propriétaire (madame Gaube de Roquefort) : après avoir fait Carême, elle tenait à manger de la tête d’agneau ! Nous étions ses métayers, il fallait donc lui donner la moitié de toute la production de la métairie : la moitié de la laine, la moitié des bêtes qui naissaient…Le troupeau lui appartenait : c’était son capital.

Quand j’étais enfant, les moutons étaient de race landaise, ensuite on a fait des croisements avec la race berrichonne et mérinos : on achetait les béliers dans le Cher et dans l’Indre.

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Photo prise pendant la guerre (de 39-45) pour envoyer à mon père qui était prisonnier.

A l’automne, on engraissait les brebis de réforme et les agneaux qu’on avait gardés et qui étaient destinés à devenir des moutons ; on les mettait à part. Les moutons pouvaient être malades : ils avaient le « piétain », une maladie qui les faisait boiter : on les soignait en leur mettant entre les ongles du sulfate de cuivre et de l’essence de térébenthine. S’ils mangeaient trop de glands verts, ils avaient des gonflements : alors, on leur faisait avaler du sulfate de soude à l’aide d’une bouteille. On faisait venir le vétérinaire le moins souvent possible !

Dans la famille Déjean puis Dulin, l’élevage des moutons a toujours été une passion, comme en témoignent les nombreuses médailles et les diplômes gagnés lors de concours….Quand il a fallu déménager de la Bayle au Baloy, on a emmené quelques bêtes, on ne pouvait pas s’en séparer…Cette vie était dure, mais on aimait nos brebis ! Depuis que nous n’en avons plus (années 70), il n’y a plus de moutons dans la commune, tout a été planté en pins…

Télécharger le témoignage de Marcelle Dulin, publié dans le Bulletin Municipal

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